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Auteur Sujet: Problèmes d\'expression en Français  (Lu 344 fois)
Hatim
Invité


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Problèmes d\'expression en Français
« le: 27/04/2004 à 10:54:06 »

Salam,
Un texte \"inédit\", très pertinent, comme sait nous les servir Tariq ramadan.

Quels Problèmes d\'expression en langue française?

Trop souvent, nous véhiculons et entretenons des discours, nous usons d’une terminologie dont nous ne maîtrisons  pas toujours les définitions exactes ni la bonne compréhension : en amont même du terme se trouve aussi la réalité du contexte idéologique transmis par la domination de courants de pensée ou de faits à connotations culturelles, économiques, sociales et politiques. En outre nous ne pouvons  occulter le fait qu’une terminologie est la plupart du temps habillée du contexte dans lequel elle évolue.

   Le fait que les termes soient choisis par une société dominante est tout à fait naturel, mais il convient d’en reconsidérer l’acception. En ce sens, il est vrai qu’on utilise souvent davantage le sens donné par la terminologie « occidentale » – étant donné que la civilisation occidentale prédomine aujourd’hui – que la définition normative des concepts.

   La réalité historique conditionne les discours et leur inspire leur portée.

   Au-delà du rapport avec les autres, la compréhension endogène des termes qu’on emploie est déterminante et la question demeure : le contexte doit-il nous amener à revoir les choses dans le but de parvenir à une compréhension objective de la terminologie employée ?

   Il faut refaire en permanence un travail de reconsidération de ces textes car certains pièges sont réels et nous risquons de tomber dans des travers. Pour pouvoir les contrer, un certain nombre d’éléments de méthodes s’imposent à nous :
·   Une vigilance dans l’élaboration de notre discours doit être de mise afin que ce dernier s’accorde fidèlement en sens et en fidélité à nos principes fondamentaux du Coran et de la Sunna.
·   Le discours clair naît de l’esprit de clarté. La clarté dans notre esprit doit aussi chercher la clarté à la mesure de l’esprit que nous voulons atteindre. Nous avons souvent l’impression de parler de façon claire mais le discours paraît trouble pour l’interlocuteur. Il y a donc un double travail à faire : « Que suis-je en train de dire si mon interlocuteur comprend ce qu’il comprend ? » Il s’agit donc d’une compréhension du rapport à autrui. C’est parfois l’univers de référence de l’autre qui doit nous pousser à revoir et expliciter les définitions que nous avançons. Ainsi, par exemple, la notion de « l’Homme » s’articule de façon totalement différente selon que l’on s’adresse à un chrétien, à un musulman ou à un agnostique. Nous sommes obligés de revoir le type de définition pour que notre interlocuteur puisse le comprendre de façon claire. C’est ce qu’on appelle le « décentrage », et passer par cette voie devient nécessaire pour aboutir à une meilleure compréhension. Une des difficultés majeures  des musulmans par rapport à leur environnement réside dans leur capacité à exprimer le discours de façon claire mais aussi à le faire entendre clairement.
À l’intérieur même des communautés musulmanes, certains ne savent pas parler aux musulmans de leur propre société car ils en ont eux-même une vision déformée, une vision qui provient de l’extérieur en fonction de leur culture ou plutôt de leur acculturation. En ce sens, l’occidentalisation peut-être quelques fois très poussée et les moins capables de décentralisation   sont souvent les intellectuels musulmans que l’on présente parfois comme « laïques ». Ils ne lisent leurs propres références qu’à partir de yeux venant de l’extérieur. Ils sont dans le discours exogène tout en étant à l’intérieur d’une communauté. Loin de toute stigmatisation arbitraire, nous devons apprendre à leur parler. Pour cela, il faut savoir apprendre d’où l’autre parle, même s’il semble très près.

Réalité des difficultés
La première difficulté s’articule dans nos références qui sont en arabe, et certes les choses se complexifient dès lors qu’il s’agit de passer par l’intermédiaire de la traduction. Comprendre et faire comprendre clairement nécessite la prise en compte d’un certain nombre de difficultés. L’une d’elle est que la majeure partie des traducteurs ont tendance à aller vers une simplification des termes qui englobent bien plus d’éléments que ce qu’en fait paraître la traduction.

Dans nos sociétés, on assiste à la réduction et la simplification du discours qui est parallèle à la vitesse induite par l’efficacité technologique. On ne peut laisser à ces spécialistes le soin de décider de ce qui est simple et de ce qui est difficile.  Accepter la simplification des termes équivaut à se soumettre à une vision abstraite et pas toujours conforme à nos références.

Force est de constater que nous avons été précédés, au niveau de la définition des termes, par les orientalistes. Certes, certains ont fait un travail très louable et il nous est offert quelquefois des concepts qui sont corrects dans leur définition, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, la dimension de la zakât sur un plan économique est erronée : on traduit ce terme arabe par « aumône légale » mais cette traduction n’a pas de signification cohérente ;  elle est même paradoxale étant donné que, dans cette définition, il y a d’une part le fait qu’il s’agit d’un don – donc volontaire– et d’autre part que cela est l égal, structuré, donc contraignant, ce qui est paradoxal. La définition devrait davantage insister sur le fait que la zakât est une taxe (donc obligatoire), qu’elle a une vocation sociale, et qu’elle est purificatrice (dimension spirituelle). On ne peut se limiter à la vision typiquement chrétienne pour définir ce terme car elle fausse et trahit la conception islamique. Seuls les musulmans peuvent donc, à partir de l’arabe qu’ils maîtrisent, faire ce travail de traduction complet et exhaustif.

Une autre difficulté prend sa source dans la fréquence des termes utilisés de façon trop commune ; certains d’entre eux sont utilisés si souvent que leur sens semble devenir évident. Par exemple, le terme jihad est communément traduit en terme de violence, en référence à la conception typiquement chrétienne de « guerre sainte ». Ainsi, au fur et à mesure, nous nous surprenons à répéter un terme sans chercher à en étudier la réelle signification. Quand une personne de l’univers occidental nous parle d certains termes comme le progrès, le primat de l’individu ou la démocratie, il dit un mot mais il véhicule en même temps une idéologie.

Il est impossible aux musulmans de refuser d’utiliser des termes qui sont à l’ordre du jour mais il demeure impératif que la communauté définisse les termes comme elle définit la loi. Par exemple, la question de la modernité signifie « vivre en accord avec son temps », ce qui n’a rien à voir avec le modernisme. On peut critiquer, voire refuser le terme en fonction de la compréhension que l’autre peut en avoir. Il faut donc faire un travail de décentrage. Sur ce point, tous les francophones son sur « le même bateau » et ont un travail imposant à fournir.

La comparaison
La langue s’inscrit dans un système où chaque élément est en interaction avec un autre. Si nous ne sommes pas clairs sur l’un, nous serons peu explicite sur le reste. Par exemple, dans la définition de al-insân, « l’homme », il y a le fait que ce dernier est en dette devant Dieu. La foi est un dépôt et l’homme a une dette. Or ce rapport est complètement faussé car en Occident cette vision n’existe pas. Plus nous serons clairs sur cette question, plus nous toucherons nos interlocuteurs car cela touche la fitra. Quand tu appelles, tu ne fais que rappeler.

   Nous avons, en somme, à reprendre nos responsabilités et à travailler sur la traduction de certains concepts, sur leur réappropriation  afin de les définir normativement, à la lumière de nos références, et non plus idéologiquement. Il faut également faire un travail de comparaison pointu et plus profond.

   Nous devons nous assurer de la bonne compréhension de nos interlocuteurs et, pour ce faire, nous devons clarifier notre discours et nos définitions, ce qui ne veut pas dire uniformiser notre pensée, bien au contraire. Par exemple, la notion de sharî’a est à définir normativement et de façon polysémique.

   En conclusion, un travail de clarification de la diversité des sens nous permettra une bonne utilisation des termes et offrira une meilleure compréhension pour nos interlocuteurs et pour nous-même. Cela entre dans un cadre de complexification à notre champ d’étude nécessaire pour une bonne compréhension générale.
                                                                                      Tariq Ramadan
Journalisée
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