imane
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Râbi'a 'Adawiya - ( sa vie )
On rapporte que, dans la nuit où elle fut mise au monde par sa mère, il n'y avait pas chez eux un vêtement pour l'envelopper ni assez d'huile pour allumer la lampe. Son père, qui avait déjà trois filles, en eut quatre en la comptant. Pour en revenir à la mère de Râbi'a, elle dit à son mari: « Va chez un tel de nos voisins, demande-lui de l'huile de l'une de ses lampes et reviens. » Or le père de Râbi'a s'était promis que jamais il ne demanderait rien à une créature.
Il se leva donc. alla jusqu'à la porte du voisin et revint sur ses pas en disant que tout le monde dormait ; et lui-même se coucha, bien chagrin de n'avoir que des filles, et s'endormit. Dans son sommeil il vit l'Envoyé, sur lui soit le salut ! qui lui dit : « Ne te chagrine pas, car, au jour de la résurrection, ta nouvelle fille intercédera pour soixante-dix mille de mes fidèles. Demain, à l'aurore, rends-toi chez le beg de Basra, 'Iça Razân, et dis-lui de ma part en signe de ta mission : Tu m'adresses chaque nuit cent bénédictions et quatre cents dans la nuit du vendredi. Cependant, dans la nuit de vendredi dernier, tu ne m'as rien adressé par oubli ; eh bien, en expiation de ces quatre cents bénédictions que tu as oubliées, donne-moi sur ce qui t'appartient légitimement quatre cents pièces d'or. » A son réveil le père de Râbi'a pleura beaucoup. Lorsque le jour parut, il écrivit sur un morceau de papier les paroles qu'il avait entendues en songe, se rendit à la porte d'Iça Razân et le lui fit remettre dans ses appartements intérieurs. 'Iça Razân n'eut pas plus tôt lu cet écrit qu'il donna en aumônes dix mille pièces d'or et en envoya quatre cents au père de Râbi'a, en lui présentant ses excuses : « Je veux aller te rendre visite, car je ne suis pas assez grand seigneur pour te demander de venir en personne, c'est moi-même qui irai et qui me présenterai humblement devant vous, en balayant de ma barbe le seuil de votre porte. De plus, chaque fois que vous aurez besoin de quelque chose, je vous en conjure au nom de Dieu, envoyez nous le demander et nous vous le ferons parvenir. » Pour le moment, le père de Râbi'a emporta cet or et le consacra aux dépenses de sa maison.
Lorsque Râbi'a fut devenue grande, son père et sa mère moururent. A cette époque il y eut à Basra une grande disette par suite de laquelle toutes les soeurs aînées de Râbi'a se séparèrent de leur cadette et partirent. Pour elle, un méchant homme la vendit comme une esclave lui appartenant. Le maître qui l'acheta la traitait durement et lui faisait faire toute sorte de services. Un jour qu'elle voulait se dérober aux regards d'un étranger, elle s'écarta du sentier frayé et tomba en se brisant une main. Aussitôt, appuyant sa face contre terre, elle dit: « Mon Dieu, je suis loin des miens et captive, sans père ni mère, ma main vient de se briser, et cependant rien de tout cela ne me chagrine. Ce qui m'inquiète, c'est que j'ignore si, oui ou non, tu es satisfait de moi. » Aussitôt une voix se fit entendre : « Ne te chagrine pas, ô Râbi'a ! car, au jour de la résurrection, nous t'assignerons un tel rang que tous les anges qui nous approchent de plus près l'envieront. » Râbi'a, le coeur satisfait, retourna au logis.
Elle observait un jeûne perpétuel, tout en faisant le service de son maître. Une fois la nuit venue, elle priait jusqu'aux premiers rayons de l'aurore. Une nuit le maître de Râbi'a s'étant éveillé entendit le son d'une voix. Il aperçut Râbi'a, la tête en adoration et disant: « Mon Dieu, tu sais que le désir de mon coeur est dans la recherche de ton approbation et qu'il ne souhaite rien tant que d'obéir à tes commandements. Mon oeil s'éclaire à la lumière des hommages que je rends à ta suprême majesté. Si j'avais la liberté de mes actes, je ne voudrais pas rester un seul instant en dehors de ton service : mais tu m'as livrée aux mains d'une créature, et voilà pourquoi j'arrive si tard comme ton humble servante. » Le marchand vit aussi, suspendue au-dessus de la tête de Râbi'a, une lampe brillante dont l'intérieur de la maison était tout éclairé. Il se dit aussitôt en lui-même qu'il n'était pas possible de la traiter plus longtemps en esclave, et, dès que l'aurore parut, s'adressant à elle : « Ô Râbia! je te fais libre. Si tel est ton désir, reste ici, et nous serons tous à ton service. Si tu ne veux pas demeurer ici, va partout où il te plaira.» Alors Râbi'a, prenant congé d'eux, partit et s'adonna entièrement aux oeuvres de piété.
On rapporte que Râbi'a, dans l'espace d'une nuit et d'un jour, faisait une prière de mille rakat et que, de temps en temps, elle se rendait auprès de Haçan Basri. D'après un autre récit, elle exerça d'abord le métier de joueuse de flûte pendant un certain temps ; ensuite elle fit pénitence. Elle se construisit un ermitage où elle était constamment occupée aux oeuvres de piété.
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