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Auteur Sujet: Du Statut de la femme en islam  (Lu 386 fois)
yasmine
Invité


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Du Statut de la femme en islam
« le: 15/06/2006 à 11:45:11 »


Nadia Yassine, 12/12/2005
Constat
L’islam a honoré la femme, l’islam a donné des droits aux femmes, l’islam a protégé la femme ; c’est la rengaine que chacun et chacune entend quand il pose des questions sur le statut des femmes dans le monde musulman.
Nous n’avons pas assez de temps pour rentrer dans le détail et énumérer les différences effectives qui peuvent exister entre une femme et une autre dans la réalité d’un monde aussi vaste, aussi stratifié et aussi divers que le monde musulman. Certes le quotidien d’une femme touareg n'a presque rien en commun avec celui d’une femme de la haute bourgeoisie libanaise sinon qu’elles partagent la même foi.
Il y a certainement d’immenses différences au cas par cas, et pourtant la vérité est qu’il y a bel et bien une spécificité du statut de la femme dans le monde islamique.
Elle se traduit dans des traditions, des mentalités, des programmes scolaires ; pire, par des lois et par des statistiques, qui il est temps de l’avouer, donnent raison à beaucoup de discours que jusqu’ici les musulmans réfutent et renient. Oui la femme musulmane est opprimée au nom de l’Islam. Oui elle est infantilisée au nom de l’islam ; oui elle est répudiée et jetée à la rue au nom de l’islam ; elle est marginalisée au nom de l’islam. Oui elle est excisée au nom de l’Islam.
Questionnement
De plus en plus se pose la question essentielle de savoir si ce sont les textes originels, en l’occurrence le Coran et la Sounna qui cautionnent l’infériorisation des femmes ? Ou bien est-ce justement notre éloignement de ces sources qui a fait que cette infériorité évidente soit mise sur le compte de l'Islam ?
Dès que l’on se débarrasse des carcans idéologiques fabriqués par des siècles de jurisprudences cumulées et hétéroclites et que nous nous ressourçons directement dans les enseignements du Prophète de l’Islam ; il nous apparaît clairement que la dynamique qui était inhérente à son enseignement a été doucement mais sûrement occultée. On découvre aisément qu’on s’est éloigné de l’esprit des lois islamiques, et que cela est dû à plusieurs causes qui se relient forcément mais que nous dégagerons et caricaturerons dans un souci démonstratif :
1°) La rupture politique représentée par le coup d’état ommeyade a inhibé la dynamique de libération instaurée par l’enseignement du Messager.
2°) les schismes dus à la rupture politique affaiblirent encore plus cette dynamique, dispersèrent les forces vives de la oumma et passèrent au tout dernier plan toute réflexion exhaustive sur le statut tout nouvellement conquis par la femme au temps du Prophète Mohammad.
3°) l’ijtihad, cette force vive et contestatrice recherchant la meilleure et la plus adéquate des solutions pour sauvegarder l’esprit de la loi s’est transformé petit à petit en une lutte contre le pis-aller pour s’étioler complètement et disparaître laissant place au taqlid « le littéralisme conformiste ». De la lumière de l’ijtihad nécessaire on passe à une interminable nuit de sclérose intellectuelle et spirituelle inévitable dont la femme paie très cher la facture. Au lieu de jouir des droits attribués par les textes originels, elle se retrouva prisonnière de la jurisprudence basée sur « sad addarai » (qu’on peut traduire littéralement par jurisprudence « bouche-trou ».)
4°) la résurgence de pratiques tribales maquillées consciemment ou inconsciemment par une certaine jurisprudence afin de les légitimer.
5°) l’expansion de l’Islam entraîna deux phénomènes majeurs liés :
- Elle retarda la dynamique initiée par le Coran de l’abolition de l’esclavage.
- Ce qui accentua la tendance à la claustration des femmes musulmanes pour souligner leur distinction des femmes esclaves et de basse condition : enfermer la femme pour mieux la protéger. Telle était la devise.
Projet
La réalité est certes très complexe ainsi que les solutions que l’on peut proposer pour se ressourcer convenablement. Le fait est que l’effort doit se faire dans trois sens
- Se ressourcer par le c½ur ; le domaine spirituel et la connaissance intuitive sont essentiels pour un ressourcement dans des textes venus principalement rappeler au sens spirituel et à la pratique de cette spiritualité.
- Se ressourcer par l’acquisition des instruments théologiques. autrement dit faire revivre l’ijtihad « que je définis comme un effort de réflexion exhaustive » et faire en sorte que plus de femmes y participent. Faire de l’effort de réflexion un effort collectif, un travail de groupe. Pour un monde complexe les solutions à trouver ne peuvent être le fruit du travail d’un seul.
- Se ressourcer par le dépassement de notre héritage politique. L’effort de réflexion ne peut se faire que dans des sociétés réellement démocratisées autrement dit débarrassées de ces pouvoirs coercitifs qui ont été à l’origine même de l’aliénation des femmes et des hommes de cette société.
Le travail attendu donc est un travail d’éducation doublé d’un travail au niveau politique. Il faut cependant miser sur le long terme et surtout veiller à ne pas s’inscrire dans la lignée du féminisme classique et donc occidentale et fatalement matérialiste. Il ne s’agit pas de prendre sa revanche sur une société machiste. Il s’agit de se réinscrire dans le cadre d’une complémentarité où la femme et l’homme sont des partenaires à part égale et dans la perspective d’une société plus équitable et donc plus humaine et plus spirituelle : une société de sens et de confiance.
Promouvoir un féminisme à l’occidental revient à se tromper d’histoire et de repères. Cela reviendrait surtout à violenter le cours d’une histoire séculaire, à créer plus encore de résistances et à exacerber plus encore les paradoxes.
Savoir ce que nos textes sacrés ont prescrit réellement en matière de droits des femmes est une chose exigée; vouloir les faire revivre à l’instant, tout de suite et sans attendre revient à un suicide social ou à une stigmatisation systématique.
* Texte de l'intervention envoyée par Nadia yassine au congrès sur le féminisme islamique organisé a Barcelone du 27 au 29 octobre 2005.
Journalisée
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